Forum des Chefs d’Entreprises

  11 questions à  M. Rédha Hamiani, Président du Forum des Chefs d’Entreprises

1 : Considérant les évolutions enregistrées ces dix dernières années en matière de libéralisation économique, comment situez-vous la place du secteur privé et sa contribution au développement en tant qu’acteur de la vie économique ?

La place du secteur privé à l’heure actuelle dans l’économie du pays est capitale. C’est le principal moteur de la création de richesses et le principal employeur. Il compte un peu plus de 300 000 entreprises dont 2300 d’une taille significative.

Le secteur privé ne fait plus l’objet de marginalisation et ne subit plus le dictat d’une conduite doctrinale des affaires de la part des pouvoirs publics. Il contribue au développement du pays à hauteur de 80% dans la création de valeur ajoutée. Au  niveau de l’Agence Nationale de Développement de l’Investissement (ANDI), il est observé que 90% des projets d’investissement déclarés sont le fait du secteur privé.

Même si, pour le moment, l’ouverture commerciale a restructuré les activités du secteur privé, les orientant davantage vers les opérations d’importation-distribution, nous pensons que le secteur privé productif s’affirmera davantage dans l’avenir grâce notamment aux privatisations et aux investissements étrangers.

Les entreprises privées restent cependant fragiles en raison d’une insuffisance de fonds propres, d’une gestion familiale et d’une insuffisance de management, élément essentiel à la performance et à la compétitivité.  

Cette fragilité tient aussi aux difficultés qui sont liées à l’expansion de l’économie informelle, expansion qui a fait que beaucoup d’activités ont été « aspirées » vers l’informel pour des raisons surtout économiques liées à la faiblesse du pouvoir d’achat, tirant ainsi vers le bas l’économie dans son ensemble.

Enfin, il faut souligner que la fragilité actuelle des entreprises privées s’explique aussi par des facteurs historiques : le secteur privé revient, en somme, de loin, si l’on se rappelle un tant soit peu la période du dirigisme économique qui ne laissait qu’une place marginale aux entreprises privées, tout juste tolérées dans les secteurs du commerce et toujours sujettes à la suspicion. Il est vrai qu’à l’époque, le pays était régi par une conduite idéologique du développement ;  seul le secteur public était paré de toutes les vertus et considéré comme le levier essentiel de la croissance face à un secteur privé mercantile et peu associé aux grandes causes auxquelles voulait s’atteler le pays.

Les idées ont heureusement évolué ; nous en avons aujourd’hui fini avec l’édification des grands ensembles clés en mains livrés par des constructeurs qui étaient bien souvent eux-mêmes peu convaincus de la rationalité des programmes ambitieux mais désarticulés qui étaient mis en œuvre. C’était l’époque où, dans notre pays, nous confondions développement et accumulation de machines, sans pour autant avoir les modes d’emplois pour tirer profit de ces gros investissements.

Dans les années 90, l’échec de telles politiques a entraîné des révisions déchirantes ; l’Algérie a pris conscience qu’elle ne pouvait plus poursuivre son développement sur le mode étatiste, centralisé, jacobin et reposant sur des entreprises publiques davantage budgétivores que productives.  

On  s’est alors tourné vers les PME/PMI et le secteur privé, d’une façon générale, considérant désormais qu’il constitue l’alternative.  Il fallait le promouvoir, l’encourager et aménager très rapidement un environnement favorable : défiscalisation, code d’investissement incitatif et bien d’autres mesures du même ordre ont été prises pour consacrer définitivement l’économie libre qui place au premier plan les entreprises privées.

Question 2 : Comment qualifiez-vous le dialogue que vous avez en tant qu’organisation patronale avec les pouvoirs publics ? Quelle est la nature de votre contribution en relation avec les grandes décisions qui engagent économiquement le pays ?

Le FCE déploie en effet des efforts importants pour asseoir un dialogue constructif, et toujours fondé sur la recherche de l’intérêt général, avec les pouvoirs publics.

Cependant, nous ne parvenons pas encore à systématiser la démarche de concertation, à l’inscrire dans un cadre qui obéisse à des règles de pérennité. La concertation se fait par à-coups et bien souvent, le dialogue ne connaît pas de suites opérationnelles, laissant nos attentes entières.

Le FCE plaide pour un cadre institutionnel, régulier et constant qui aménage une large place au débat économique contradictoire. De même, le FCE souhaite être associé dès le départ à la genèse des textes législatifs et réglementaires, en disposant bien évidemment des délais suffisants pour se préparer, prendre l’avis des membres et venir à la table de discussion avec des propositions concrètes reflétant les positions des chefs d’entreprises.

Cela étant, il convient de préciser que le FCE alimente de façon permanente le débat et n’attend pas d’être saisi pour se prononcer sur l’opportunité d’une loi ou d’un règlement. La  nature de nos contributions revêt ainsi deux formes : soit le FCE est saisi pour avis par une instance gouvernementale à laquelle il confirme sa position et ses propositions très rapidement, soit en intervenant en tant qu’acteur important du monde économique pour exprimer ses positions, ses préoccupations et ses attentes à travers des communiqués, ou en organisant des débats publics dans le cadre de conférences ou de tables rondes.  

Question 3 : Les pouvoirs publics ont lancé un vaste programme pluriannuel d’investissement : quels enseignements en tirez-vous et comment les PME/PMI que vous représentez peuvent contribuer à sa mise en œuvre ?

Les dépenses engagées par nos autorités dans des secteurs clés (infrastructures, habitat, transport, hydraulique et assainissement) sont capitales à plus d’un titre.

En premier lieu, cette importante dépense qui se traduit en investissements massifs, favorise la croissance et elle est créatrice d’emplois ; elle exerce un effet multiplicateur au niveau des régions par la multiplication des chantiers qui donnent du travail dans des wilayas souvent déshéritées.

En second lieu, ces investissements publics contribuent considérablement à désenclaver le pays en le dotant d’infrastructures qui, plus tard, favoriseront l’essor économique de toutes les entreprises. Ces dépenses exercent des effets structurants indéniables en apportant aux régions tous les éléments nécessaires à un envol économique grâce aux entreprises qui bénéficieront de cet environnement incitatif.

Enfin, le problème du foncier industriel sera certainement réglé par la construction de l’autoroute est-ouest qui désenclavera beaucoup de régions.  

Cela étant, cette vision de la croissance est un peu réductrice dans la mesure où elle n’est pas suffisamment endogène. En d’autres termes, elle n’associe pas les PME/PMI, grandes absentes du débat qui ne concerne que les grands groupes multinationaux.  

Le FCE avait souhaité une plus importante implication des PME algériennes pour qu’elles se « frottent » au management international et devenir des champions qui se positionneront au départ des multinationales bénéficiaires de grands contrats comme de véritable leviers de la croissance.

Question 4 : Bien que des résultats encourageants soient affichés, le programme de privatisation lancé ces dernières années vous semble-t-il évoluer au rythme souhaité ? Quelles seraient selon vous les initiatives à encourager pour faire de la politique de privatisation un élément clef de la croissance et du développement ?

Il eût été souhaitable que notre programme de privatisation fût appliqué avec plus de détermination, voire d’enthousiasme. Le consensus qui l’a entouré a été pour le moins très laborieux à obtenir des principaux acteurs et notamment de l’UGTA. Même la doctrine qui devait le sous-tendre n’a rien réglé et à ce jour nous ne savons toujours pas s’il faut commencer la privatisation en cédant les entreprises en bonne santé ou l’inverse. De plus, la privatisation est vécue comme une punition infligée et non pas comme une restructuration réussie donnant de bons résultats à l’exemple de la privatisation d’El Hadjar et de l’Enad, deux opérations qui sont couronnées de succès.

Le manque de détermination transparaît jusques et y compris dans la dénomination du ministère en charge de cette politique qui ne s’affiche pas clairement et franchement comme le « Ministère des privatisations ».

Tout le monde convient pourtant que la privatisation constitue une exigence incontournable, parce que notre environnement économique est désormais incompatible avec les modalités de gouvernance liées au système d’économie administrée. 

Cette exigence implique des changements systémiques profonds devant toucher le ressort de la dynamique de l’économie : il s’agit de concrétiser le désengagement de l’Etat de son rôle d’opérateur économique, de traduire dans la réalité le principe de la liberté d’entreprendre qui conditionne la libération des capacités d’initiative et des énergies que renferme l’économie, et de faire de l’entreprise l’instrument du développement économique et social.

L’avènement de tels changements semble contrarié par des hésitations, des incertitudes, des questionnements sur le bien fondé de la démarche engagée, des interruptions aussi qu’a connue le processus de privatisation. Nous pensons qu’il est nécessaire et urgent de sortir de la situation d’immobilisme coûteux dans laquelle est aujourd’hui enfermé le secteur public et qui est très préjudiciable à l’économie nationale dans son ensemble.

Le FCE a déjà porté à l’attention des pouvoirs publics ses positions sur ce sujet important. En substance, nous pensons qu’il devient de plus en plus évident que le coût économique et les conséquences sociales de l’enlisement du processus de privatisation sont trop importants pour continuer à rechercher à engranger des ressources financières pour le Trésor public au détriment d’une accélération du processus.

Nous pensons que l’Etat doit faciliter les reprises des entreprises privatisables par les investisseurs; pour cela, il est nécessaire de trouver des solutions aux problèmes du financement qui constituent les obstacles les plus sérieux à une implication plus importante des investisseurs nationaux dans ces opérations.

En effet, les repreneurs potentiels ne sont autres que des industriels en activité qui, au regard des règles prudentielles appliquées par nos banques, se trouvent souvent déjà dans des situations d’endettement qui les empêchent d’accéder à un financement adéquat leur permettant de se porter acquéreurs au titre des opérations de privatisation. 

Question 5 : Vous avez été, en tant que membre du gouvernement, responsable de la mise en œuvre et de la promotion des investissements. Pourriez-vous donner à nos lecteurs votre vision sur l’évolution de cette politique et les améliorations attendues ?

Le premier code des investissements a été promulgué en 1993 et constituait un signal fort de la part des autorités pour construire une économie libérale plaçant l’entreprise au centre de toutes les préoccupations des politiques publiques et faisant appel très largement aux capitaux étrangers.

Après une mise en œuvre d’une dizaine d’années au cours desquelles le code a subi des modifications significatives, le bilan est positif pour les investissements locaux. Le nombre de projets, leur diversification, les capitaux engagés et la qualité des promoteurs ont boosté la croissance et ont permis au secteur privé de devenir une source de création de richesses dès les années 1997/1998.

Le bilan est moins éloquent pour les capitaux étrangers hors hydrocarbures surtout en provenance de l’Europe et des Etats-Unis. Les dernières tendances dans ce domaine laissent apparaître une très forte implication des capitaux arabes qui ont largement pris le dessus en l’espace de quelques années.

De surcroît, les capitaux étrangers ne sont pas investis dans la manufacture qui demeure le parent pauvre. Ils sont plutôt concentrés dans le tourisme, l’immobilier, la téléphonie, les banques et autres services. En outre, la plupart des projets d’investissement sont des investissements directs qui n’impliquent pas les entreprises locales.

Par ailleurs, nous devons reconnaître que la politique suivie en matière de foncier n’a pas été à la hauteur des attentes. L’administration n’a pas été en mesure d’innover, d’apporter des solutions concrètes aux demandes des investisseurs. La spéculation immobilière est à son paroxysme. Beaucoup de projets ne sont pas réalisés faute d’assiette foncière ; la solution ne réside pas malheureusement dans la multiplication des démarches administratives.  Il s’agit, là également, d’un aspect important qui préoccupe beaucoup notre association et sur lequel nous avons formulé des propositions. 

Question 6 : Dans le même ordre d’idée, les IDE hors hydrocarbures ont connu ces trois dernières années une amélioration sensible mais insuffisante au regard du potentiel d’affaires reconnu par tous. A quoi attribuez-vous la frilosité des investisseurs et que préconisez-vous pour améliorer le climat des affaires ?

Les IDE ont beaucoup progressé ces dernières années y compris dans le domaine des hydrocarbures. Le stock d’IDE est passé de 3,5 milliards de dollars en 2000 à 8,3 milliards de dollars en 2005 (chiffres OCDE). Un portefeuille important de projets a été enregistré en 2006 et 2007 par l’ANDI.

En flux, les pays arabes sont passés à la première position, devançant les pays européens et américains. Cependant, cette amélioration sensible ne comble pas les attentes des milieux d’affaires algériens eu égard à l’importance des besoins, à la taille de notre marché et surtout aux montants plus importants investis dans d’autres pays émergeants à commencer par les pays voisins.  

La frilosité des investisseurs étrangers tient à trois types de raisons :

1-      La désarticulation du marché : ce dernier ne réagit pas à la logique du système d’économie de marché parce que les règles ne sont pas respectées par tous les acteurs (marché informel et contrefaçon gagnant en volume et touchant une bonne partie des actifs du pays, ..). Le mode de fonctionnement fausse, en fait, le jeu de la concurrence en biaisant l’ajustement de l’offre et de la demande.

2-      Les facteurs institutionnels : le système financier reste inadapté aux réalités nouvelles malgré les efforts consentis par les pouvoirs publics. Aussi, en attendant la privatisation du CPA, l’impact des nouvelles banques installées récemment en Algérie reste trop faible et leur valeur ajoutée n’a pas modifié sensiblement l’environnement des affaires. L’administration reste également un frein à l’investissement : elle est procédurière, lourde, trop centralisée et elle risque maintenant d’être touchée par le phénomène de la corruption. Les guichets uniques décentralisés n’ont pas encore réussi à inverser la tendance.

3-      Enfin, l’offre foncière ne répond pas aux besoins autour des grandes villes industrielles du pays. Le nombre peu élevé de zones industrielles et la spéculation en matière de prix constituent des handicaps majeurs à l’implantation de nouveaux projets.

Question 7 : L’Algérie a définitivement opté pour un remboursement anticipé de sa dette. Cette démarche semble ne pas faire l’unanimité dans les milieux financiers notamment à l’étranger. Quelle est votre sentiment sir cette question ? Quels sont les avantages de cette politique et ses contraintes ? 

Le poids de la dette au début des années 90 était énorme, au point d’asphyxier le pays en raison de la lourdeur de son service. Il faut rappeler dans ce contexte qu’en 1994, plus de 96% des recettes sont utilisées pour l’amortissement de cette dette et de ses agios.  

L’Algérie a décidé de rembourser par anticipation une grande partie de sa dette ne laissant pratiquement que 5 milliards de dollars. Par rapport au PIB (115 milliards de dollars), celle-ci ne pèse désormais que très peu. 

Cette politique de désendettement ne semble pas très orthodoxe ; tous les pays ont une balance crédits/dettes généralement fluctuante et en phase avec leur développement économique.

Cette question  doit, en réalité, s’apprécier en flux et non pas en stock. Les bonnes démarches dans ce domaine consistent à corréler la dette avec le PIB et surtout à bien articuler la nature des opérations financières à l’endettement tant il est vrai que des investissements couverts par des emprunts ne constituent pas un gros risque en raison des retombées attendues.

Dans le cas de l’Algérie, cette opération de désendettement anticipée doit s’apprécier en tenant compte de :

1-      L’effet d’annonce que cette mesure constitue et qui révèle également la bonne gestion de nos finances publiques ;

2-      L’importance des réserves détenues et leur accroissement important et rapide grâce au prix du baril de pétrole. Dans ce cadre, le remboursement anticipé n’a en aucune manière altéré cette bonne santé financière.

3-      L’économie réalisée par le non paiement d’agios.

Question 8 : La fiscalité joue un rôle prépondérant en tant qu’instrument de soutien à la croissance économique. Considérez-vous que la politique fiscale en Algérie va dans ce sens ? Quelles seraient les améliorations que vous souhaitez voir apporter pour encourager l’activité économique ?

La fiscalité est en effet un instrument important pouvant influencer considérablement les cours de la croissance.

En Algérie, nous pensons que notre fiscalité évolue effectivement dans la bonne direction, celle qui permet de mettre en phase notre économie avec les exigences d’une économie en transition vers l’économie de marché.  

Elle va dans la bonne direction car elle a considérablement simplifié son instrumentation et ses procédures : l’adoption de l’impôt forfaitaire unique, la réduction de la pression fiscale (Impôt sur les sociétés – IBS – ramené de 30 à 25% ; le Versement Forfaitaire –  VF – supprimé ; Impôt sur le Revenu Global – IRG – en baisse ; etc …) sont autant de mesures pour lesquelles notre association a beaucoup milité.

Cette bonne évolution reste à confirmer par des actions déterminées en direction :

1-      Du marché informel, car il n’est pas normal que certains acteurs économiques de plus en plus importants se dispensent d’acquitter la fiscalité ordinaire ;

2-      Des charges sociales trop importantes dans un pays qui vit un grand problème d’emploi ;

3-      De la double imposition IBS/IRG ;

4-      De la Taxe sur les Activités Professionnelles (TAP) qui ne se justifie pas en tant qu’impôt direct payé sur le chiffre d’affaires.

Nous pensons que pour accroître davantage notre attractivité vis-à-vis des IDE, il serait opportun de poursuivre la décrue dans les taux d’imposition fiscale.

Question 9 : La sphère commerciale nationale est soumise aux contraintes de la libéralisation des échanges et celles du commerce informel poussant bon nombre de patrons à geler leurs activités productives. Quels commentaires faites-vous sur cet état de fait et que préconise le FCE en termes de mesures et d’actions à encourager pour enrayer ce phénomène sensible et préjudiciable à l’économie du pays ?

L’ouverture commerciale débridée a poussé beaucoup d’industriels algériens à geler leur activité de production. La faible taxation des produits importés du fait de la minoration de valeur appliquée par bon nombre d’importateurs a fragilisé les entreprises locales de production d’autant que la contrefaçon a faussé le jeu de la concurrence en présentant aux consommateurs algériens des marques prestigieuses quasiment au même niveau de prix que les articles fabriqués localement.

En quelques années, le secteur industriel s’est dévitalisé en perdant de sa substance en raison du changement de statut de l’entreprise industrielle qui s’est transformée en importateur. Ce constat a été fait par le FCE en 2004 et notre association a usé de son influence auprès du ministre chargé des participations pour qu’une politique de mise à niveau soit mise en œuvre et qu’une nouvelle vision industrielle soit être élaborée. Faisant suite à notre demande, le ministère a réagi par la production d’un projet de stratégie industrielle reposant essentiellement :

1-      Sur une remise à niveau généralisée de l’économie en général et du secteur privé en particulier ;  

2-      Sur les activités à privilégier en tenant compte de nos attentes et analyses ;

3-      Sur l’appel d’une politique d’innovation et de compétitivité ;   

4-      Sur des pôles de compétitivité associant l’université, les centres de formation et les zones industrielles.

L’autre action à engager et à encourager reste le partenariat avec des entreprises étrangères susceptibles d’apporter une modernisation de l’outil de production, un meilleur management et une plus grande couverture des marchés extérieurs.

Enfin, l’action du FCE vise également à favoriser le développement de la PME/PMI pour leur permettre d’atteindre une taille critique significative en suggérant des rapprochements, des fusions, des acquisitions et toute mesure qui serait de nature à augmenter les capacités productives des uns et des autres dès lors que ces regroupements sont validés par le marché.  

D’une manière générale, la conception de l’investissement de création doit évoluer en fonction de l’ouverture commerciale, de la concurrence internationale et des partenariats étrangers qui sont en force et qui ont les moyens de conquérir des parts de marché algériens. Mais pour être complet sur cette question, il ne faut plus espérer en Algérie avoir un secteur industriel comparable dans son organisation à ce qui existait auparavant où les marchés étaient captifs et le consommateur obligé de consommer ce qui se produisait même si la qualité est médiocre. Maintenant, avec la mondialisation, une bonne part des besoins des citoyens seront assurés par les productions étrangères au détriment des produits locaux considérés souvent et à tort comme médiocres.

Par ailleurs, l’évolution économique observée dans tous les pays indique que la part des services augmentera sensiblement et finira par dépasser très largement la part de la contribution industrielle. Cette tendance s’observe déjà chez nous.

Question 10 : La valorisation des ressources humaines et donc de la formation semblent constituer une priorité notamment dans des domaines sensibles comme la mise à niveau dans le secteur bancaire et la gestion des entreprises. Quelles seraient les pistes de travail, selon vous, que vous encouragez pour promouvoir une politique de formation à la hauteur des enjeux du développement ?

Les ressources humaines constituent à l’heure actuelle une grande préoccupation des chefs d’entreprises. Il y a un grand déficit en la matière.

De façon plus précise, si on représente cela par une pyramide, on peut affirmer que le problème algérien se situe au niveau intermédiaire du middle management, c’est-à-dire au niveau des fonctions d’encadrement moyen, de contrôle et de suivi qui n’ont pas été suffisamment bien prises en charge ces dernières années par l’appareil de formation en général.

Nous payons aujourd’hui les erreurs du passé. A l’époque, il n’y avait pas suffisamment d’écoles, d’instituts orientés réellement vers les besoins de l’économie, à travers les besoins des entreprises. Nous formions des ingénieurs, des cadres supérieurs et autres mais pas suffisamment de techniciens, de maîtrises, de cadres moyens.  De plus, que ce soit l’université ou les centres de formation, il n’y avait pas de formateurs compétents pouvant dispenser le training sous de bonnes conditions.

Aussi, à l’heure actuelle, les chefs d’entreprises se disputent les compétences dans le domaine de la finance, du management, de l’expertise, du marketing, etc. L’ajustement se fait par les salaires qui ont pris l’ascension dans toutes les catégories. L’ajustement se fait également par « l’importation » d’expertise.

Pour apporter un nouvel équilibre dans la régulation des flux du marché du travail, il y a lieu de prendre quelques mesures :

-         Adopter un nouveau système de formation qui prenne en compte les besoins de l’économie et donc des entreprises ;

-         Travailler dans la concertation ;

-         Favoriser la création de structures privées de formation ;

-         Augmenter les salaires pour exercer une attractivité ;

-         Imposer aux groupes étrangers qui ont obtenu des contrats en Algérie certaines obligations en matière de formation ; 

-         Développer les filières techniques au niveau des lycées.  

Question 11 : La presse a fait état récemment d’une revalorisation des salaires des travailleurs du secteur de l’énergie à compter de 2008 dans le but de freiner l’hémorragie des cadres du secteur. Que vous inspire cette démarche ?

La démarche engagée est opportune ; il est naturel qu’un marché du travail commence à se former et que l’on cesse d’attendre de nos cadres de faire preuve de militantisme et d’engagement patriotique, pas seulement à Sonatrach, d’ailleurs.

Plus généralement, nous pensons qu’il est urgent de sortir du cadre réglementaire basé sur la gestion socialiste des entreprises et d’apporter les correctifs nécessaires à une gestion saine de nos ressources humaines. La mondialisation, c’est aussi une politique d’ajustement au niveau des salaires et une bonne échelle des valeurs qui favorise l’efficacité, la productivité. 

La politique salariale doit être empreinte d’une plus grande flexibilité donnant aux chefs d’entreprises la latitude de gérer cette question en fonction des besoins de leurs entreprises.  Cette politique doit également s’accompagner d’une fiscalité adaptée, notamment en matière d’IRG qui est trop élevé, et d’une régulation du marché du travail ayant pour objectif de sortir notre pays de la spirale infernale du chômage. Nous ne croyons pas aux vertus d’une régulation administrative opérée par un organisme central. Plus le licenciement sera aisé, meilleures seront les conditions de recrutement.  

Si on adopte ces principes élémentaires universels pour réorganisation notre marché du travail, l’équilibre pourrait être obtenu dans 5 à 6 ans ; le temps que devrait nécessiter la mise en œuvre d’une politique de formation intelligente. 

Mr B.Boudghene Stambouli 

      

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